La bau-biologie: Pour une maison verte et en santé

Les maisons certifiées LEED tendent vers les principes... (Photothèque Le Soleil)

(Québec) Une maison qui est à la fois bénéfique pour la santé de ses occupants et pour celle de l'environnement. La bau-biologie propose un idéal encore plus coloré que celui défendu par les écologistes. L'approche est basée sur une série de principes pour aménager un habitat vert, oui, mais surtout pour obtenir un milieu de vie le plus sain possible.

 

La bau-biologie existait bien avant que le vert soit à la mode en construction. La biologie de l'habitat, comme on l'appelle aussi, est née à la fin des années 60, en Allemagne. «Il s'agit d'avoir une maison la plus naturelle possible et qui va avoir le moins d'impact sur l'environnement et sur la santé», explique André Fauteux, éditeur du magazine La Maison du 21e siècle, qui a découvert la discipline au début des années 90.

La bau-biologie est une approche holistique qui prend en considération que l'être humain fait partie de la nature, soutient Ginette Dupuy, auteure du livre Habitat sain et écologique (2008). «Ce qu'on fait à la nature, on se le fait à nous aussi, appuie-t-elle. La maison est notre troisième peau, après les vêtements. Il faut qu'elle respire!»

Mme Dupuy détient un baccalauréat en architecture ainsi qu'une maîtrise en aménagement du territoire axée sur la construction saine et l'écologie. Elle suit d'ailleurs une formation continue en biologie de l'habitat à l'Institut international de bau-biologie et écologie basé Floride. Son rêve : construire une maison entièrement en terre, un matériau qui la fascine depuis de nombreuses années.

 

 

Racines allemandes

«Les Allemands ont eu énormément de maisons détruites pendant la guerre. Il y a eu une reconstruction massive dans les années 50», raconte André Fauteux. On devait alors accommoder rapidement la population grandissante.

Plusieurs matières plastiques nocives pour la santé ont alors commencé à être employées, continue-t-il. «Pendant les années 70, dans la course à l'efficacité énergétique, on a négligé les polluants à la source, en misant avant tout sur des maisons étanches.» «Beaucoup de gens sont tombés malades et on voulait comprendre pourquoi», soulève de son côté Ginette Dupuy.

C'est en 1969, en Allemagne, que le Dr Anton Scheinder a fondé un groupe de travail pour «bâtir et habiter sain» afin d'étudier les effets des maisons sur la santé de leurs habitants. Le groupe a évolué pour devenir aujourd'hui l'Institut de bau-biologie et d'écologie de Neuebeurn. L'école qui enseigne et promeut les principes de la biologie de l'habitat est toujours basée en Allemagne, mais la discipline a traversé les frontières. Des organismes affiliés offrent notamment des formations aux États-Unis et en France.

La bau-biologie est basée sur une série de 25 règles à respecter pour obtenir un habitat sain. Les principes vont de l'utilisation de matériaux naturels à la minimisation de la consommation d'énergie en passant par la réduction maximale d'allergènes et de moisissures.

Mais la biologie de l'habitat touche aussi à des sujets qui ne font pas l'unanimité. «Ils ont intégré beaucoup de mesures d'électropollution, d'électrosmog et de champs électromagnétiques à la bau-biologie», indique M. Fauteux, qui consent que ces dernières sont plus controversées.

Bien qu'il y ait toujours beaucoup de zones grises dans la recherche au sujet des champs électromagnétiques, cela n'empêchera personne de vouloir prendre des précautions. Mme Dupuy est d'ailleurs certaine qu'il s'agit de la prochaine «cigarette», un fléau qui n'avait pas cette mauvaise réputation il y a quelques décennies.

Et la bau-biologie laisse même une petite place à la spiritualité. Le dernier principe de l'approche considère l'harmonie des dimensions, des proportions et des formes, une harmonie également mise de l'avant dans le feng shui ou l'architecture védique d'origine indienne, note André Fauteux.

Bau-biologie n'est donc pas synonyme d'écologie. «La bau-biologie prend toujours ensemble l'écologie et la santé», note Mme Dupuy. Certains produits écolos ne seront pas bons pour la santé des occupants d'une maison, prévient-elle. Une peinture recyclée pourrait, par exemple, comprendre des composés organiques volatils, substances qui peuvent s'avérer irritantes.

Mouvement plus grand

Mais avec les maisons certifiées LEED (Leadership in Energy and Environmental Design), on tend vers les principes bau-biologiques, pense M. Fauteux. «On favorise la lumière naturelle, on limite la radioactivité en évitant l'introduction de radon, entre autres. Beaucoup de tendances actuelles vont vers ça : réduire les déchets, favoriser les matériaux naturels.»

Mme Dupuy reconnaît également la pertinence des normes LEED, mais croit qu'il ne s'agit que des balbutiements d'un mouvement plus grand. «Ça oriente les compagnies, mais c'est très petit par rapport à la bau-biologie», ajoute-t-elle.

Mais alors, une maison bau-biologique, est-ce réalisable aujourd'hui? «C'est l'idéal. Dans tous les projets, il faut faire des concessions, avance Ginette Dupuy. Comme pour les projets écologiques, on vise vert foncé, mais on finit à la fin avec un projet vert pâle. Le but reste tout de même d'assainir la maison le plus possible, malgré les limites.»

 

EN UN MOT

La bau-biologie est une discipline mettant en oeuvre des principes de construction respectueux de l'environnement, de même que du confort et de la santé des occupants. Le terme d'origine allemande a été introduit en 1969 par le professeur Anton Schneider, fondateur et directeur de l'Institut de bau-biologie et d'écologie de Neubeuern (IBN). Le terme allemand baubiologie peut se traduire comme la «biologie du bâtiment». On réfère aussi à la bau-biologie comme étant la biologie de l'habitat.

Les maisons certifiées LEED tendent vers les principes bau-biologiques, soutient André Fauteux, éditeur du magazine La Maison du 21e siècle.

Photothèque Le Soleil

Laurie Richard